(18 juin 2026; pas besoin d'être forte en maths pour savoir que je suis mère depuis 23 ans)
La semaine dernière, France 2 a produit, dans son journal de 20 heures, un sujet sur une énième réforme des retraites, une instance quelconque ayant produit un rapport qui disait que, d'ici 2070, il serait nécessaire de remonter l'âge de départ à 67 ans et 6 mois. Ce que l'infographie avait retranscrit par "67,6". Parce que, c'est bien connu, il n'y a que 10 mois dans une année. Tout était à l'avenant, avec "et quatre mois" qui devenait "-,4", j'en passe et des meilleures. Je me suis fendue d'un petit mail (j'ai eu bien du mal à choisir la catégorie de ma demande) en leur rappelant que 6 mois, c'est juste la moitié d'une année (donc "-,5"), et en leur demandant comment ils auraient fait s'il y avait eu à écrire "et 10 mois". J'attends toujours la réponse.
Deux jours plus tard, j'ai repensé à cette infographie en découvrant (en même temps que Numérobis, mais à environ 1 km à vol d'oiseau) le sujet de maths pour les élèves de première ayant suivi la spécialité. Parce qu'il y avait, dans le questionnaire à choix multiples, une question sur le nombre d'images par seconde d'un film qui durait une minute 40. Est-ce que certain·es élèves auront traduit la chose par 1,40 ou 140, tombant ainsi dans un piège aussi grossier que celui des douzes mois de l'année? Numérobis a fort bien converti cette donnée en 100 secondes, ce qui, avouons-le, est beaucoup plus commode pour calculer sans calculatrice.
Les premières questions de ce QCM m'ont paru d'une simplicité affligeante, avec un (a+b)² = a²+2ab+b² du niveau collège (sans blague, j'ai appris ça en cinquième, moi). Effectivemnt, il vaut mieux que ces choses-là soient des automatismes, pour des élèves qui ont choisi les maths en spécialité.
Ensuite, il y avait des affirmations à justifier. Et là, ce n'est pas le niveau des questions, qui m'a étonnée, mais celui des élèves que je surveillais. Et qui, donc, étaient en théorie des spécialistes.
L'une des affirmations donnait une équation, du type x²+ax-u² (u étant une variable), et il fallait dire si cette équation avait toujours deux solutions. Dans l'une des premières copies rendues, j'ai lu ceci: "Faux, car on a deux carrées: x² et -u² or un carré est toujours positif donc il y a une unique solution: x" (orthographe et absence de ponctuation d'origine). Heu? Où est la logique de ce raisonnement? Et si un carré est toujours positif, sa racine, elle, peut être négative (-3)² = 9 (et donc pour x² = 9, on a deux solutions, 3 et -3). Dans une autre, j'ai vu "Oui, il y aura toujours deux solutions réelles distinctes car il y a du x ainsi que du u." Ben voyons, c'est si simple! (Je rappelle que u est une variable, et que la ou les solutions à trouver sont dissimulées derrière l'inconnue x...) Une autre copie proposait deux solutions évidentes (dans "2x+2= 4", 1 est une "solution évidente"), ce qui justifiait pour l'élève une réponse positive. En réalité, il fallait calculer un ∂ (merci de voir ce delta en majuscule), chose que je ne crois pas avoir apprise à faire, mais dont mes enfants m'ont déjà parlé, et si ce ∂ est positif, alors il y a bien deux solutions "quelque soit la valeur de u", comme je l'ai enfin trouvé dans une copie.
Pour le reste, il y avait des probabilités, ce qui ne devait pas être bien méchant pour un·e élève ayant à peu près suivi en cours dans l'année, et un exercice avec des produits scalaires qui n'a pas plu du tout. Le P'tit Mousse, qui avait eu du mal avec ce chapitre cet hiver, pense s'en être sorti correctement tout de même.
Ce qui m'inquiète, après avoir survolé les copies rendues, c'est le niveau des candidat·es qui étaient dans ma salle. Manifestement, une partie de ces élève n'avait pas suffisamment de logique pour suivre l'enseignement de spécialité mathématiques. Que diable sont-ils et elles allé·es faire dans cette galère? Ce choix était-il le choix par défaut d'élèves n'ayant pas envie de lire? L'autre souci est évidemment orthographique. Comment peut-on écrire "quelque soit" au bout de n années de démonstrations mathématiques?
Cette semaine, j'avais encore un sujet de maths, celui des teminales, et là, c'est l'ignorance de la collègue qui surveillait avec moi qui aurait pu leur coûter cher. Il y avait, avec les sujets, un rectificatif, à cause d'une coquille. Il manquait manifestement une espace sur le sujet. La collègue a donc indiqué au tableau qu'il fallait lire "In désigne" au lieu de "Indésigne"; ce qui, pour moi, n'avait aucun sens. J'ai feuilleté le sujet, trouvé l'endroit et corrigé. Ce que des élèves dyslexiques pouvaient tout à fait prendre pour un I (i) majuscule était en fait un l (L minuscule), et ce "in" un "ln" (comme "Hélène") de logarithme néperien. Je n'ai aucune idée de ce que c'est (comme pour le delta de tout à l'heure), mais j'en ai entendu parler, et puis il est sur les touches des calculatrices, mais j'avoue que la police choisie était fort trompeuse.
Alors, pour "sens", il y en a au moins trois, justement. Le sens qu'on donne à un mot ou une action, sa signification; le sens dans lequel on veut ou il faut aller, la direction; et le sens comme (organe de la) perception.
C'est cette dernière acception qui m'inspire le plus, bien qu'elle ne soit pas si simple à illustrer.
L'algorithme de Tutube m'a proposé l'autre jour une vidéo (en allemand) qui expliquait pourquoi il peut être utile d'associer une odeur à ses exercices de révision. En gros, le cerveau enregistre en même temps l'information sur l'odeur (qui se doit d'être inhabituelle) et celle du cours qu'on veut retenir. Je suppose que c'est plus ou moins le même principe que la fameuse madeleine de Proust (qui a failli être une biscotte, le saviez-vous?). C'est en vertu de ce double enregistrement que les pains aux raisins de mon ancien boulanger me faisaient penser à mon grand-père, et que le goût très prononcé de cardamome dans le dessert de dimanche dernier m'a immédiatement ramenée en Oman, où j'avais fait la découverte de cette épice que je n'utilise par ailleurs qu'à doses trop faibles pour sentir le même effet.
Et voilà que, en allant chez Prune (c'est plus joli que Marron, comme nom de fruit qui est aussi une couleur, non?) pour préparer l'installation de la fibre dans ma nouvelle maison, je suis tombée sur une publicité pour un téléphone qui se vante de dépasser les limites de ce genre d'engin, qui ne peut parler qu'à la vue, à l'ouïe et au toucher:
Bon, je ne suis pas vraiment convaincue par le procédé, qui repose sur des ajouts générés par l'IA pour mettre de l'ambiance sur les photos. Je veux bien que certaines personnes soient capables d'évoquer le parfum d'une rose en en voyant la photo, de même que des musicien·nes entendent la musique en lisant une partition, mais ce procédé de transformation d'une image ne me paraît pas suffisant.
Et sinon, sans transition et pour revenir au sens comme direction, je me suis souvenue que j'avais aussi photographié deux panneaux de circulation améliorés, à Audierne, l'an dernier:
(Pour ce qui est de la suite, je vais faire mon possible pour assurer une continuité du service, mais je vis une période intense de remplissage de cartons et de bulletins scolaires, avec conseils de classe et déménagement en vue, donc le temps et la connexion peuvent venir à manquer.)
Une école quelconque, à laquelle on accède par concours, a envoyé au lycée un fascicule avec des sujets-type. Il y a une épreuve de LV B, prétendument de niveau B1, puisque c'est le niveau que nos élèves sont censés atteindre en fin de terminale. Sauf que ce test est un questionnaire à choix multiples, qui ne permet donc pas véritablement de vérifier les compétences en expression (ni en compréhension de l'oral).
J'ai regardé les épreuves de néerlandais et de russe, pour rigoler. Il y a une quarantaine de questions, je ne les ai bien sûr pas toutes traitées, mais comme il y a un corrigé à la fin, j'ai pu constater que dans ces deux langues, j'étais tout à fait apte. Evidemment, "traduire" une phrase, quand on vous donne le choix entre quatre possibilités, c'est beaucoup plus simple que si on ne vous donne pas le moindre mot. Aussi, je ne m'autorise pas vraiment à m'attribuer un niveau B1 en russe, ni même en néerlandais, où je serais plus à l'aise pour m'exprimer grâce à la petite chouette verte. (Il y a trop longtemps que je n'ai pas fait de russe.)
Pour ce que la petite chouette peut m'offrir, je suis arrivée au dernier niveau, en néerlandais. Et donc, sauf à tourner en rond et répéter sans arrêt que "De studenten leren meer, als ze in groepen werken", et autres phrases que mon téléphone connaît lui aussi par coeur, puisqu'il me propose toujours le mot suivant avec pertinence, il fallait passer à autre chose.
Alors j'ai franchi le pas en dehors des langues indo-européennes. Et je me suis attaquée à celle qui me frustrait depuis longtemps. Quand j'étais petite, en effet, on pouvait voir dans le métro parisien des Turcs qui lisaient Hürriyet ou Milliyet, et c'était agaçant, parce qu'on avait l'impression de pouvoir déchiffrer titres et articles, mais sans comprendre quoi que ce soit, en dehors du mot futbol.
C'est très intéressant, parce que le turc est une langue agglutinante, c'est-à-dire qu'il faut ajouter des syllables à la fin des mots pour modifier leur sens dans la phrase, et qu'on peut combiner ces suffixes, un peu comme une déclinaison, mais en plus complexe. Köpek, c'est un chien; köpeği, le chien (à l'accusatif, oui, il y a une petite mutation consonnantique, mais ça ne me choque pas, hein, je vis en Bretagne), köpeğimiz, notre chien... Bref, je ne vais pas vous enquiquiner avec la grammaire turque; mais ce que je constate, c'est que, jusqu'ici, je m'en sors très bien sans explications, parce que je fais des comparaisons avec d'autres langues. Et l'autre remarque qui confirme l'idée que, plus on connaît de langues, plus c'est facile d'en apprendre une nouvelle, c'est que je me suis rendu compte hier soir que je commençais à comprendre sans passer par la traduction. De petites phrases, certes, mais c'est un début. Et puis on voit assez bien à quelle langue les mots transparents ont été empruntés (l'église et le musée viendraient du français que ça ne m'étonnerait pas, par exemple).
(L'autre fait qui semble se confirmer, c'est que la chouette adapte ses phrases à la culture du pays concerné. Si, en néerlandais, j'ai appris à dire "Je suis une banane", "Sa femme (à elle) est artiste" et à parler de sabots, en turc, on me dit qu'il y a beaucoup de chats à Istanbul et Ankara ("Ankara'da"), et les femmes sont dans la cuisine...)
Puisque la question en taraude plus d'une, voici la réponse: un engrenage est un dispositif de transmission, qui contient plusieurs pièces, souvent circulaires, et parfois dentées. Un rouage est la pièce d'un mécanisme (d'horlogerie), et peut par conséquent être une partie d'engrenage.
J'ai donc bien photographié un rouage.
Et pendant ce temps, le chat profite de l'absence des enfants pour tester les lits (pas faits):
Chez le P'tit Mousse, ça sent encore l'adolescent, et la couette est bien chaude.
Mais il semblerait que ce soit plus confortable dans la chambre que le Pirate occupe si rarement:
Cette année, c'est Anne qui a collecté les mots pour proposer le thème de la photo du dimanche. Et comme elle les a mis plus ou moins dans l'ordre où ils lui ont été suggérés, on se retrouve de manière un peu paradoxale à traiter "ultime" pour le premier jour...
Ultime, c'était le surnom que la fille Menthe à l'eau avait donné à sa petite dernière, sur son blog, autrefois. Elle doit bien avoir 16 ans, maintenant, Ultime; elle est peut-être même majeure. Et je ne sais pas ce que sa maman est devenue.
Ultime, ça veut dire dernier, mais pas seulement. Ca veut aussi dire qu'il n'y a rien après, qu'on ne peut pas aller au-delà. Et de ce fait, en voile, cela désigne une catégorie de bateaux qui sont bien au-dessus des autres, par leur proportions comme par leur vitesse. Et ces géants des mers arrivent habituellement au but de la course bien avant les voiliers de plus petite taille.
Ultime, suivant qu'on le place avant ou après le nom qu'il qualifie, ne signifie pas la même chose. Un ultime effort, c'est le dernier qu'on fait après tant d'autres, et qui exige qu'on aille puiser ses dernières forces. Alors qu'un effort ultime, ce pourrait être le premier qu'on fait, et il est censé être extraordinaire. Le cadeau ultime, ce serait celui qui surpasserait tous les autres, le top du top des cadeaux, particulièrement bien choisi et adapté à la personne qui le reçoit.
Mais l'idée de ce défi, c'est de proposer une photo, pas de faire un cours de linguistique ou de grammaire (sinon, je pourrais déblatérer aussi sur le fait que quand on demande des "mots", les gens donnent en général des noms, pardois des adjectifs, et pratiquement jamais des verbes).
Alors vosi la mienne: quand le boulanger a oublié la partie salée de ta commande et que tu dois te rabattre sur l'ultime boîte de surgelés de la superette:
Attente. L'attente; latente; la tente... Avez-vous remarqué comme, parfois, les diplomates ont l'air d'être dans "la tente des négociations", quand on entend les journalistes parler?
Et ces mêmes journalistes pourraient-ils et elles ranger une bonne fois pour toute la grande tente du petit Gr*g*ry? Je ne suis pas certaine que le pauvre enfant ait jamais fait de camping.
Ce n'est pourtant pas si compliqué, même quand on n'y connaît pas grand chose en grammaire, de faire le rapprochement entre grand-tante et grand-mère. Avec un grand invariable, comme dans grand rue ou grand place, parce qu'il ne qualifie pas la taille de la personne (ou de la chose) désignée. J'étais tombée sur une vidéo qui expliquait très bien la différence, je crois qu'elle est également étymologique; néanmoins je ne retrouve bien évidemment pas cette explication. Et tout ce dont je me souviens, c'est que l'orthographe "grand' rue", avec une apostrophe comme s'il y avait apocope du e final, est tardive et erronée.
Mais revenons à l'attente, la vraie.
L'attente du train ou du métro, sur un quai. L'attente de l'ouverture du bureau de poste. L'attente des élèves, qui viennent de classes différentes et arrivent avec des décalages parfois bien longs. (Est-ce que la collègue de maths le prendrait bien si on lui offrait une montre, pour Noël?)
L'attente des cadeaux. L'attente d'une guérison. Comme quand je m'étais cassé la jambe et qu'il m'a fallu 6 mois pour remarcher.
L'attente des enfants, qui rentrent, le soir. Il n'y a plus désormais que Numérobis à attendre. Mais je ne suis pas impatiente au point de me poster à la fenêtre, comme Gribouille.
Il pourrait attendre longtemps devant cette porte: dans la salle d'attente du dentiste, la petite souris attend les dents des enfants. (Mais elle ne sortira pas...)
Je n'avais pas d'inspiration pour le mot du jour, jusqu'à ce que je rencontre un petit souci avec les cadeaux pour ma sœur. J'ai commandé, mais on ne m'a pas proposé de payer, et c'est donc à elle de régler les achats au moment du retrait.
Heureusement, le site a une conception fort agréable du service client. En répondant au mail de confirmation de la commande, j'ai reçu, moins d'une heure plus tard, ce message rédigé par un vrai humain (sa conception très particulière de l'orthographe et de la grammaire en attestent):
Merci Willy, je vais regarder de plus près cette histoire de carte cadeau...
(Moquerie à part, c'est vraiment bien de pouvoir répondre à un mail de confirmation et d'avoir des personnes réactives à l'autre bout du réseau, capables de trouver une solution intelligente.)
Alors, je triche un peu, avec l'allée couverte de Menez Dregan (si je me souviens bien):
Car "dolmen", en breton, signifie "table de pierre".
Si j'avais été un peu moins paresseuse, j'aurais encore mieux cherché dans mes archives une de ces tables de pierre qui est aujourd'hui à la bonne hauteur pour nique-niquer.
Comme j'ai gagné pas mal de sous l'an dernier avec les heures supplémentaires, j'en ai utilisé une partie pour me payer des abonnements culturels. Un au théâtre préfectoral, pour aller voir, entre autres choses, une adaptation d'une pièce de Schiller à laquelle je vais traîner le P'tit Mousse (le bac français, c'est cette année, et ce serait bien qu'il sache à quoi ressemble une représentation théâtrale), et l'autre à l'Opéra de Paris.
Paris, c'est loin, et il faudra que je réserve des nuitées rapidement, parce que les horaires des représentations ne me permettent pas de rentrer dormir chez mon Papa dans la banlieue nord. Mais j'ai réussi à trouver des spectacles de ballet deux soirs de suite et pendant les vacances scolaires, en enchaînant une oeuvre classique et une oeuvre plus contemporaine, et je me réjouis de ces parenthèses parisiennes.
Ce qui m'a bien plu, aussi, c'est de découvrir, en recevant ma carte d'abonnée, qu'elle était justement intitulée au féminin et au masculin. En écrivant les deux mots en entier pour éviter l'écriture inclusive prohibée il y a quelques années par un gouvernement a la longévité relativement importante.
Il me semble que, depuis la polémique sur cette manière d'écrire qui voulait gagner de la place en incluant le féminin dans le masculin (et que j'utilise moi-même assez souvent ici), je vois de plus en plus de publicités et autre affichages qui mettent en évidence le féminin. Et donc, paradoxalement, en voulant interdire une chose, le sinistre Jean-Mi (celui-là même dont la réforme du bac est remaniée chaque année) semble avoir provoqué une prise de conscience et l'apparition un peu partout de formes féminisées jusque-là invisibles.
Il y a deux ans, de passage dans la maison bretonne de mon père, j'avisais deux volumes de Tom Sawyer et comparais les traductions. Il en est résulté cette photo, que je viens de retrouver en faisant du tri:
Je ne sais pas pourquoi nous avions cet ouvrage en double, et je ne me rappelle plus laquelle des traductions est la plus ancienne, mais le fait est que ce n'est pas le même texte (du tout)...
Le thème proposé par Virginie aujourd'hui est "proche".
Alors, il est facile de trouver des photos de gens qui sont proches, et ce, même malgré les distances. Le P'tit Mousse et ses cousins, qui se voient si rarement parce qu'ils habitent de l'autre côté de l'Atlantique, se sont fort bien entendus, il y a deux ans:
Ce qui n'est guère étonnant, parce que mes soeurs et moi sommes restées proches, bien que l'une d'entre nous habite au Canada, l'autre en région parisienne et moi-même en Bretagne:
(C'est la dernière fois que nous nous sommes vues.)
Au Québec, où ces photos ont été prises, on emploie beaucoup plus volontiers "proche" au sens géographique qu'en France. On ne dit pas, par exemple "c'est pas passé loin", mais "ç'a passé proche". Ce qui a sans doute influencé ma manière de voir cet arbre, si proche de la clôture qu'il est même passé de l'autre côté:
(Il passe vraiment à travers le grillage.)
Et puis, comment ne pas remarquer cette proximité (révélatrice?) entre les ouvrages de Laclos, Lawrence, Madame de La Fayette et les contes libertins de La Fontaine, l'autre jour chez Emmaüs, où je cherchais un classique pour le P'tit Mousse?
Cet été, Numérobis a décidé de réviser ses bases en allemand avec la petite chouette verte (oui, celle qui vient de mourir sur les réseaux sociaux).
Depuis le temps qu'on me parle de cette application, je me suis dit que j'allais la tester. Pas en allemand, j'espère que je maîtrise cette langue. Mais, pour me mettre au niveau de ceux de mes élèves qui l'utilisent, en néerlandais. Car j'ai la prétentions de comprendre assez bien cette langue, sans arriver à la parler.
Effectivement, je n'ai eu aucun problème avec les premières leçons, en dehors de la gymnastique exigée par le passage par l'anglais (car pour apprendre la langue des Pays-Bas, il faut passer par celle de Shakespeare; mon cerveau travaille doublement!).
En revanche, très vite, des interrogations sont restées sans réponse. Pourquoi certains noms ont-ils de, et d'autre het, comme déterminant? En l'absence d'explications grammaticales, j'en suis réduite à l'hypothèse que het est le neutre, parce que la plupart des mots déterminés par het sont du neutre, en allemand, ce qui est fort pratique pour se repérer.
Je ne comprends pas toujours non plus pourquoi on me fait répéter ce que je viens dire, sous prétexte que ma prononciation est douteuse, alors que quand je suis persuadée d'avoir dit une bêtise (comme un een au lieu d'un de), ça passe.
Pour m'encourager, on me dit que je suis géniale et je gagne des tas de trophées, mais d'un autre côté, il y a dans l'acquisition du lexique des procédés un peu curieux. Parfois, je dois deviner le sens des mots. Si je connais ontbijt pour l'avoir lu sur des paquets de céréales, je ne vois pas comment j'aurais pu deviner que welterusten veut dire "bonne nuit".
Inversement, les questions sont parfois d'une facilité déconcertante. Associer la bonne image aux mots peper ou bier, par exemple. Ou, trois fois de suite, devoir taper nee, d'abord comme tratuction de no, puis comme transcription de ce qu'on vient d'entendre.
Le plus étrange, ce sont certaines phrases qui reviennent assez souvent, comme:
(Pardon, je suis une pomme.)
J'ai cherché sur la toile mondiale, cette sentence en a déconcerté plus d'un·e. Mais je n'ai rien trouvé sur sa suite somme toute logique:
(La pomme parle un peu néerlandais.)
Aujourd'hui, dans la leçon sur les fruits, j'ai appris à dire que je n'étais pas une banane (puisque je suis une pomme!); et découvert que les oranges parlaient aussi.
Enfin, je ne suis pas toujours d'accord avec la classification des exercices. On me présente comme très difficiles des tâches comme remettre dans le bon ordre les mots de la phrase que je viens d'entendre, alors que je trouve bien plus compliqué de taper une phrase que je viens d'écouter, parce qu'il faut se souvenir de l'orthographe des différents mots.
Quoique... J'ai oublié une fois un -t à la troisième personne du singulier, et cela n'a pas été compté autrement que comme une faute de typographie. Alors que c'est une faute de conjugaison (j'ai écrit comme si c'était la première personne du singulier).
Donc, il me semble que cette application peut être amusante pour s'initier à une langue, mais qu'on ne peut pas vraiment apprendre correctement.
Parfois, on se demande jusqu'où peut aller l'ignorance des élèves.
Les collègues de français avaient choisi L'albatros, pour leur bac blanc. Ils avaient mis des notes de vocabulaire, mais personne n'avait songé à en mettre une pour "albatros". Et pourtant... Un nombre effarant d'élèves ne savaient pas que c'était un oiseau. Ils n'ont rien compris au texte. Il paraît qu'il y en a même une qui a fait référence à ça, dans son commentaire.
Aujourd'hui, je suis tombée de haut quand mes secondes m'ont demandé pourquoi je mettais 2 t à hatte. Ben comment dire? C'est du prétérit. Un temps du passé que vous êtes censés avoir croisé au collège. On ne me l'avait encore jamais faite, celle-là. En dépit de ce constat, mon chef d'établissement me dit que je dois revoir ma notation, parce que ce n'est pas possible, les parents râlent, il y a trop de différence entre les notes obtenues au collège et celles que je mets. Et il ne veut surtout pas entendre que les petits chéris ne savent pas faire une phrase correcte, hein.
Et si je vous dit qu'un élève de première m'a carrément demandé s'il y avait des écrivains allemands? Evidemment, ils n'en connaissent aucun. Mais de là à imaginer qu'il n'y a pas de littérature allemande... Heureusement qu'une autre élève avait au moins le nom de Freud, et que ceux qui ont choisi la spécialité Humanités, Littérature et Philosophie ont aussi entendu parler de la philosopihie allemande.
Moi, je veux bien qu'on me dise que les jeunes ont leur propre culture. Mais il me semble qu'il y a quelques grandes valeurs que tout le monde devrait connaître. Ou dont chacun devrait avoir au moins entendu parler.
(Evidemment, pour l'albatros, j'ai fait le test sur le P'tit Mousse. "C'est un oiseau, je l'ai lu dans..." Ah oui, c'est vrai, il y a au moins deux bibliothèques remplies de livres, chez moi. Et d'après une étude citée dans un magasine allemand, c'est le nombre de livres détenus par les parents qui détermine la réussite scolaire. Mes enfants sont hautement favorisés.)
Le GPS de ma voiture européenne ne parle pas. Ou plutôt, je n'ai toujours pas compris comment mettre le son, et dois donc me contenter de l'image lorsque je l'utilise. C'est pourquoi je repère habituellement d'abord la route sur une carte, vie Gogole. Ce qui est d'autant plus utile que les données de la machine ne sont pas à jour.
Le véhicule qu'on m'a octroyé au Canada disposait contre toute attente d'un GPS, lequel s'est mis à me parler français sans que j'aie le moindre réglage à faire. Enfin, français, c'est vite dit, même en tenant compte de l'accent.
Effectivement, dès le premier essai, je n'ai pu m'empêcher de clamer l'incompétence de la voix synthétique qui me disait de tourner sur le "boulevard René Lévécot". Lévécot? René Lévesque Ouest! Mais bien sûr, les plaques de rue portent juste "René Lévesque O", à l'américaine.
Ensuite, les enfants et moi nous sommes amusés à relever toutes les erreurs de lecture de la pas très intelligente artificielle. A commencer par les "ailloute". Vous avez une idée? Je devais prendre l'ailloute A20. Une autoroute, donc, notée "Aut" sur les cartes. De même, comme les cartes mentionnent des "rte", nous devions obliquer vers la "RTE" ceci ou cela. Le plus drôle a été le moment où, ayant loupé une intersection, la voix m'a demandé avec insistance de "faire demi-tour dès que possible"; quand j'ai tourné à droite (pour utiliser le réseau de voies perpendiculaires, et, suite à 3 virages à droite, pouvoir faire ce fameux demi-tour en prenant la rue de départ dans l'autre sens), elle s'est mise à calculer un nouvel itinéraire. Manifestement, le GPS considère qu'on peut (et doit) tourner à 180 degrés sur n'importe quelle route pour faire demi-tour.
Mais nous avons bien rit aussi des "villa" qui surgissaient à tout bout de champ. Le Pirate a fini par déterminer qu'ils dépendaient de la présence du mot "de" ou d'un déterminant, ainsi, une mention "rue de la Butte" devenait "rue villa de villa la Butte". Curieusement, "Butte S" devenait "Butte South", dans un joyeux mélange de français et d'anglais. Car S indique bien le Sud. Mais nous n'avons pas eu l'occasion de vérifier si E était lu "East" ou N "North", parce qu'il fallait toujours emprunter la voie Ouest, ce qui nous a donné un bon fou rire quand nous sommes arrivés rue Saint-Germain Ouest ("rue street Germain O", a dit la voix).
Un peu moins drôle a été notre expérience du côté du Lac Saint-Jean, quand nous sommes arrivés près de Saint-Nazaire (oui oui, Saint-Nazaire) où venait de se produire un accident. Impossible de passer, la police nous a indiqué qu'il fallait attendre au moins une heure ou "passer par les rangs". Mes enfants étaient un peu interloqués. Les rangs? Dans mon esprit, c'étaient les faubourgs ou lieux-dits entourant le village. Il semblerait que ce soient en fait les petites routes secondaires qui passent par lesdits lieux-dits. Ce qui revenait au même. J'avais besoin de m'orienter. Le GPS de la voiture ne connaissant que la route obstruée, j'ai demandé à mon téléphone, en cherchant un itinéraire vers Alma. Et il m'a affiché ceci:
Diantre, j'étais à Paris sans le savoir?
Bon, nous avons fini par trouver la déviation, qui passait par une route tellement secondaire qu'elle n'était pas goudronnée, et sur laquelle nous avons croisé un feu rouge clignottant. Pour les Européens, je précise que c'est l'équivalent d'un stop. Ma soeur me l'avait rappelé, mais j'ai eu un doute en voyant la file de voitures en face. La voie était trop étroite pour qu'on puisse se croiser, c'était donc chacun son tour par ordre d'arrivée (c'est ainsi que fonctionnent les arrêts au Canada). Mais pourquoi y avait-il autant de véhicules en face, alors qu'il n'y avait personne devant moi? Comme personne ne bougeait, je suis passée, et j'ai demandé aux enfants ce que les autres avaient comme feu. Un feu rouge clignottant. Peut-être la voiture en tête de file était-elle conduite par un Européen qui ne connaît pas le code, et les gentils Québécois derrière n'ont pas osé le klaxonner? (Car les Québécois·es m'ont semblé très courtois·es, et pas seulement au volant.)
Il faut croire que l'idée me trotte depuis un certain temps dans la tête, puisqu'en 2019, je publiais ça...
Cette année, je me suis engagée, avec une collègue, pour être référente "égalité filles-garçons" dans notre établissement. Nous avons suivi deux jours de formation, riches en informations et idées de toutes sortes, et nous avons commencé par un sondage. Dans lequel un collègue sur dix a reconnu influencer les choix d'orientation des élèves en fonction de critères stéréotypes liés au genre...
Il y a encore du boulot!
Il ne faut pas se voiler la face, moi aussi, j'ai la tête farcie de clichés, et il m'arrive de faire des remarques sexistes. De moins en moins, certes, parce que je me surveille. En revanche, je suis à peu près certaine de ne pas traiter les filles et les garçons de la même manière. Eux m'agacent plus vite, je suis plus méchante dans mes remarques... Néanmoins, je me félicite de constater, en relisant mes appréciations du premier trimestre, en terminale, que très peu d'entre elles sont genrées. C'est-à-dire qu'elles sont rédigées de telle manière qu'on ne peut pas voir si je parle d'un ou d'une élève. Il paraît, en effet, que certaines formations pratiquent la discrimination, dans un sens ou dans l'autre, sur Parcoursup. Et même si ce n'est pas conscient, un humain qui lit les remarques de ses colègues peut se laisser influencer (c'est bien connu, les filles sont moins douées en maths).
Jeudi dernier, départ pour la région parisienne. Les enfants sont dans la voiture, les bagages itou, je ferme la porte de la maison. Et en moi s'immisce l'idée que j'oublie quelque chose.
Mais quoi? Mon médicament pour la thyroïde? Non, il est dans ma trousse de toilette.
Je monte en voiture, je démarre. Je continue à réfléchir. J'énonce à haute voix: les valises? Le Stollen pour ma soeur? Un pyjama? Des chaussettes? (En réalité, je pense aux sous-vêtements qu'il m'est effectivement arrivé d'oublier une fois en partant à l'étranger, et ce fut bien embêtant.)
Et là, sur la bretelle d'accès à la voix rapide, ça y est, je me souviens. Nous sommes en route pour fêter Noël avec ma soeur et j'ai oublié...
le sac avec les cadeaux!
Evidemment, j'ai fait demi-tour à la prochaine sortie (coup de chance, elle n'était qu'à une dizaine de kilomètres).
Au retour, c'est ce message sur une pompe à essence qui mérite tous les honneurs:
Alors, en anglais, il faut être serviable, et en allemand, on vous sert. Je ne sais même pas comment il est possible d'en arriver à des traductions aussi loufoques...
(A part ça, pas mal de choses qui pourraient être racontées, mais je suis en vacances, donc je vous dis juste "à l'année prochaine"!)
Comme nous allons vraisemblablement nous rendre en région parisienne pour Noël et que, malgré diverses promesses, mes enfants n'ont pas encore visité le château de Versailles, j'ai commencé à regarder ce qui pouvait se faire.
Et je suis tombée sur cette page:
Un petit problème avec l'infinitif et le participe que je suis presque prête à pardonner. Le site est par ailleurs fort bien fait, avec tout un tas d'informations (dans lesquelles je ne me suis même pas perdue).
Et puis, je ne suis pas la dernière à faire des erreurs.
(A part ça, plein de choses, mais pas le temps de formaliser tout ça pour vous raconter, c'est la période des conseils de classe qui commence...)
Parmi mes défauts, celui qui est sans doute le plus désagréable pour les autres est mon intransigeance. Il est un certain nombre de choses que je ne pardonne pas, alors que souvent les personnes qui commettent ces erreurs ont des excuses.
Par exemple, que le journaliste de ma radio n'ait pas été capable de prononcer correctement le nom d'un certain cardinal québécois, récemment, m'a fait sauter sur ma chaise. Alors que, franchement, en français métropolitain, on ne prononce pas "et" en finale comme "ette". Oui mais voilà, moi je sais qu'au Québec, il y a des Ouellet et des Ouellette, et que les deux noms se prononcent pareil.
Ce qui m'agace beaucoup, aussi, ce sont les gens qui mettent des annonces sur Lebonquoin et qui ne savent même pas quel genre de meuble ils vendent.
Ceci, par exemple:
Alors moi, je vois un lit surélevé, ou un lit en hauteur, mais sûrement pas des lits superposés.
Et ils insistent dans le corps de l'annonce:
"Vends lit à étage
Description
Ensemble lit à étage avec bureaux et matelas compris à venir
démonter et enlever"
Et ça, j'appelle ça une bibliothèque, ou une étagère, à la rigueur.
Il y a aussi ceux qui parlent de "commode" quand leur meuble est manifestement un buffet. Je rappelle que pour le Larousse, une commode est certes un "meuble bas de rangement", mais surtout "à tiroirs supperposés". S'il y a des portes, ce n'est plus une commode. Mais ça doit pouvoir s'appeler un buffet parisien, comme je l'ai découvert sur une annonce (il y a des gens plus savants que moi).
Ici, on a bien une bibliothèque, c'est même évidemment une Billy. Je ne sais pas s'il vaut mieux préciser le modèle ou donner les mesures. Mais il faudrait que les mesures soient exactes. Ce meuble ne peut pas faire 2,50 m de haut, il toucherait le plafond! Il arrive manifestement juste à la hauteur de la porte, et doit donc faire un peu plus de 2m, comme ceux que j'ai dans mon salon.
Et puis il y a les gens qui ne maîtrisent pas l'orthographe. Un festival.
"Grande armoire avec deux portes
coulissant Les petits miroirs ont étaient collés après Il n’ai
pas neuf il y a quelques usure de bois."
"Tête de lit excellente état", "Canapé
cuire pleine fleure tbe et un fauteuil relax."
Un certain nombre de meubles en "meurisier", et mon préféré, celui-là est magnifique:
Un pullover (pull[o]vert) manifestement gris...
Bon, je vous laisse, je vais voir ce qu'il y a comme petit chat à adopter dans le coin.
(Nous sommes bien d'accord, il m'arrive également de faire des fautes d'othographe, parfois énormissimes. Et une partie de celles lues sur Lebonquoin sont des fautes de frappe, parce que les annonces sont publiées rapidement depuis un téléphone. Mais il y a quand même de graves lacunes, parfois.)
Connaissant l'inaptitude des journalistes à prononcer une autre langue que le français (et encore...), j'ai commencé à me poser la question l'an dernier à propos de ce cycliste à qui rien ne résiste et ququ'un grand nombre d'entre eux s'obstine à prénommer "Tadège".
Je ne parle pas slovène, mais je sais deux choses. D'abord, dans le nord et l'est de l'Europe, la lettre j sert généralement à transcrire le son [j], comme dans fille. Ce n'est quand même pas pour rien que l'alphabet phonétique international utilise le j pour transcrire ce son. Ensuite, il existe un prénom Taddei (ou Taddeo), soit Thadée en français. Et donc, comme à André correspond Andreï chez les Slaves, Tadej est un "Tadeille" ou "Tadeï".
Ce jour est la journée centrale des épreuves de spécialité du bac re- revu mais pas vraiment corrigé. J'aurais bien des choses à dire sur le calendrier, et je ne m'en priverai pas dans un prochain message, mais ce dont je voulais vous faire part aujourd'hui, c'est d'une découverte hallucinante que j'ai faite hier.
Je m'ennuyais, j'ai lu une copie. Pas une copie d'élève: je n'aurais pas pu m'empêcher de grimacer devant tant d'audaces orthographiques (et parfois syntaxiques). J'ai lu une copie vierge. Et je suis atterrée.
"Aucun agraphage". Je suppose que ce nom est tiré du verbe agrapher, qui veut dire "être incapable d'écrire, ignorer la graphie"?
Prof d'allemand et maman d'un Pirate et d'un Numérobis majeurs et vaccinés, ainsi que d'un P'tit Mousse de 16 ans. Et n'oublions pas Monsieur Gribouille le chat!