L'autre jour, ne me demandez pas quand, mais c'était pendant les blocus de lycées, le ministre de l'Education était interviewé par une dame, sur une chaîne privée, qui a encore remis le sujet des vacances sur le tapis, parce que c'est bien connu, les petit·es élèves français·es, et surtout leurs feignasses de profs, ont trop de congés.
Et donc, la madame de dire qu'elle, quand elle était petite (et elle a précisé qu'elle était née en 1980), elle n'avait qu'une semaine de vacances à la Toussaint, par exemple. Dans ma tête, elle avait tort parce que je me souvenais de 10 jours (et je suis sûre qu'en 1989, année où je me suis fait opérer du genou pour mon anniversaire, mes camarades ont été en cours deux jours de plus que moi, soit jusqu'au mardi soir). Mais j'étais prête à lui donner raison tout de même, parce que j'étais certaine d'une chose: quand elle était petite, j'étais un peu plus grande, et l'école ne commençait jamais le 1er septembre. La semaine de vacances que nous avons maintenant en plus en automne, elle était autrefois au mois de septembre.
J'ai été vérifier, ici pour ma rentrée en sixième, avec des congés d'hiver de seulement dix jours (elle n'en a pas parlé, la madame, de ses longues vacances au ski, elle trouvait juste que la première zone avait une prériode de cours trop courte après Noël, remarque tout à fait pertinente) et un départ en vacances d'été dès la fin juin, et là pour mon année de terminale, pendant une première tentative de réduction à deux zones du calendrier scolaire. En cherchant, je suis aussi tombée sur des rentrées le 25 septembre dans les académies viticoles, du temps où j'étais à l'école primaire.
Il ne faut donc pas essayer de me faire croire, à moi, que j'ai aujourd'hui plus de congés que quand j'étais élève. C'est un mensonge. Les vacances sont placées différemment, parce qu'on a essayé d'adopter un rythme 7 / 2 (sept semaines de cours, 2 semaines de congé) paraît-il idéal (ou bien c'était 5 / 2 ?), mais le nombre total de jours sans classe doit être équivalent.
Pour répondre à Madame Chapeau et Acanthe, voici comment je me suis mise à faire de la crème de marrons.
Au commencement était mon amour des châtaignes. Je crois qu'en fait, ma mère ne devait pas en faire plus d'une fois par an, quand j'étais petite. Parce que nous habitions Paris et qu'il fallait les acheter. J'ai dû aussi apprécier, mais pas plus de quatre ou cinq fois, les fameux "marrons chauds" des vendeurs de rue. A chaque fois, c'était un vrai bonheur, parce que ça se mange avec les mains, parce que ça croustille et que c'est un peu sucré. Le plaisir des châtaignes résidait en partie dans leur rareté.
Et puis, je suis partie vivre en province, et j'ai découvert qu'on pouvait ramasser les marrons dans la nature. Enfin, les marrons, entendons-nous, les "fruits du châtaignier", comme je l'ai récemment vu en titre d'une annonce sur Lebonqwoin. Car l'appelation est trompeuse, et c'est sans doute en partie pour ça qu'une mienne collègue hésite à ramasser le contenu des bogues, ne sachant distinguer entre marron comestible et fruit du marronier. Dois-je vous rappeler que ce dernier est lisse, alors que la châtaigne a un petit plumeau sur la tête (bien qu'on appelle également "marron" le fruit unique d'une bogue de châtaignier, vous suivez)?
Bref, quand nous avons acheté notre maison, il y avait des châtaigniers à proximité, et notamment dans le jardin de la voisine. J'ai ramassé et cuisiné quelques châtaignes, mais apparemment personne ne partageait vraiment mon enthousiasme pour ce semi-féculent. Peut-être parce qu'il faut l'éplucher pour le manger? Toujours est-il que, le jour où la voisine, pour me faire plaisir, a apporté environ deux kilo de fruits de son arbre, il a bien fallu trouver quoi en faire.
Il se trouve que je suis par ailleurs une grande amatrice de confitures faites à la maison, et que j'avais reçu en cadeau un livre contenant tout un tas de recettes. Il en contient deux pour conserver les châtaignes. Je me suis donc mise au travail. Et au fil des années, j'ai apporté mes variations à la recette de base; notamment en réduisant le sucre. Mes enfants n'apprécient pas plus la crème de marron (en tout cas celle que je produis, je n'en ai jamais acheté ni goûté d'autre) que les châtaignes fraîches, alors je n'en fais jamais autant que cette première fois. D'autant que, éplucher les marrons, c'est vraiment fastidieux (et c'est ce qui me prend le plus de temps dans la réalisation de la confiture).
Alors cet automne, quand j'ai vu que les bogues écrasées commençaient à s'amasser au bord des routes, je suis allée me promener dans les bois pour collecter mes premières châtaignes. Il y en a autour du lycée, c'était facile. Mais pour faire de la confiture, il m'en fallait un peu plus, et une balade du côté du manoir local m'a permis une petite récolte, que j'ai mis un peu de temps à transformer à cause de divers contretemps. Mais ça y est, ma crème de marron est en pots, et je la mangerai cet hiver, quand j'aurai fait un sort à un vieux pot de 2024 retrouvé en rangeant récemment le placard à confitures (son étiquette précise "à la cannelle", et à vue d'oeil, il est encore comestible; on verra bien s'il "pop" à l'ouverture).
C'est juste que l'un de mes lycées est (re)passé en cours à distance, après une tentative de retour en présentiel (peut-être un billet sur les alea dus au mouvement lycéen pendant les vacances, il y a tant à dire...), et que cela suscite, chez les professeurs, des réactions variées. On a entendu des "bonnes vacances!", mardi, mais aussi des "oh non, moi je ne supporte pas le distanciel"... En ce qui me concerne, j'ai le Q entre deux chaises, puisque le lycée de la rive gauche, lui, n'est aucunement affecté par le mouvement et que, cet après-midi, je vais voir des élèves en chair et en os.
A l'annonce du premier épisode de "télé-enseignement" (c'est le terme officiel), une collègue faisait part de son désarroi. Car, disait-elle, si on donne des exercices à faire, il va falloir les corriger, après. Que nenni, lui avons-nous répondu: tu envoies la correction un peu plus tard, et puis c'est tout. Soit les élèves ont fait le travail, et ils·elles consultent le corrigé; soit (et c'est souvent le cas) ils·elles n'ont rien fait, et ils·elles ne regardent pas ce corrigé; mais dans tous les cas, le·la professeur·e qui a donné des exercices n'est pas complètement démoralisé, au retour, quand il·elle constate, en faisant la correction en cours, qu'à peine la moitié des élèves a fait le travail.
Au retour, nous partagions ce que nous avions fait pendant que les élèves étaient censé·es plancher sur leurs devoirs: bricolage, lessive, jardinage (il faisait encore beau). Ce qui ne veut pas dire que nous n'avions pas travaillé, puisqu'il avait bien fallu rédiger un peu les cours, et mettre en forme une correction qui, en ce qui me concerne, n'existe d'habitude qu'à l'état de notes très succintes. Aujourd'hui encore, je dois préparer ce que je mettrai en ligne demain dès l'aube*, pour les élèves qui auraient eu cours à 8 heures trouvent de quoi s'occuper un peu.
L'annonce du deuxième passage en distanciel, un vendredi à midi, a provoqué des réactions un peu plus enthousiastes.
Le collègue qui avait crevé (à vélo) et qui attendait que sa femme arrive avec une voiture pour rentrer et revenir avec l'autre voiture: - C'est pas sûr qu'avec les embouteillages, je sois à l'heure au lycée, cet après-midi. - Mais tu reviens pas, on passe en distanciel. - C'est sûr? Ah mais c'est génial, ça m'arrange!
La collègue qui a deux enfants en bas âge: - Ça veut dire que j'ai une demie-journée sans cours et sans enfants? Et si j'en profitais pour aller au cinéma, cet après-midi? Voir autre chose que la Patte Pas Trouille, je veux dire... Ah ben oui, mais si je veux être sortie pour la fin de l'école, ça le fait pas. - Et ben moi, je vais lire un peu, je crois. - Oh oui, un livre! Merci de me rappeler qu'il y a autre chose que les écrans, dans la vie. Un livre! Pour une fois que je vais pouvoir lire sans être interrompue toutes les deux minutes...
* ou peut-être plutôt ce soir, car il s'est avéré pendant que je rédigeais cet article que le lycée du P'tit Mousse a finalement renoncé aux cours en présentiel. Et si lui et moi sommes en distanciel demain, personne n'a besoin de se lever avant le soleil...
L'enregistrer, encore, ce serait relativement facile. Combien de fois m'arrive-t-il d'entendre des oiseaux que je ne vois pas? (Inversement, les geais sont assez sots: invisibles, ils s'envolent en poussant leur cri grinçant qui attire aussitôt l'attention.)
Là, par exemple, vous ne voyez pas la route (mais vous pouvez la deviner à l'alignement des arbres, sur la droite), et pourtant j'entendais distinctement la circulation, de même que j'entendais clairement le bruit d'une tondeuse à gazon, dans mon dos. Mais la ville est invisible, sur la photo.
Ce qui est invisible, aussi, ce sont les réseaux qui courent sous nos routes et nos trottoirs. Alors, quand il faut les retrouver pour des travaux, il est utile d'en marquer le passage, à la surface:
(Il s'agissait, je crois, de creuser au bon endroit pour installer un nouveau lampadaire; en tout cas, c'est de l'électrique qui a émergé, pour le moment.)
Et bien sûr, cette semaine, beaucoup de mes élèves sont restés invisibles (en tout cas en classe)...
A l'heure où l'actualité autour des lycées est plutôt sombre, je vous propose une petite page de détente (sur un épisode un peu sombre du ballet Roméo et Juliette):
(Avec un euphonium, me disent les "tags", pour Béatrice 😉)
De ma carrière, c'est au moins la troisième fois que je suis dispensée d'aller en cours par décision du préfet. Les fois précédentes, c'était à cause des intempéries, et je l'avais su par la radio, ou en arrivant sur place (ah bravo!). Aujourd'hui, j'ai été prévenue par mail, et c'est la faute des élèves, ceux et celles qui manifestent pour réclamer des trucs que nous autres professeurs n'obtenons pas. Et, plus que celle des lycéen·nes, c'est la faute des casseurs qui s'infiltrent et démolissent le mobilier urbain.
La nouveauté, dans cette décision, c'est qu'elle s'accompagne (et je suppose que cela vient plutôt du Ministère de l'Education Nationale) d'une obligation de passer au distanciel pour les cours. Un héritage du COVID... Résultat: j'ai balancé des instruction sur Pr0n0te, avec une fiche de grammaire qui sert pour trois classes et des corrections de devoir à lire, et puis un exercice à faire en ligne; et à l'heure actuelle, alors que je ne suis même pas censée avoir commencé mes cours, je n'ai déjà plus rien à faire. C'est Gribouille qui est content!
Les élèves, eux, le sont un peu moins. Il y en a qui ne vont pas chercher à se connecter, c'est évident. Et puis il y a celles et ceux qui vont aller à la manifestation, avec, je l'espère, des adultes autour pour encadrer. Mais d'après mon espion du lycée du centre-ville, certain·es, agacé·es par la décision de fermeture des lycées, voulaient se lancer dans un blocus de la préfecture. Les pauvres ne se doutent pas que ça ne servirait pas à grand chose, puisqu'il ne s'y passe pratiquement plus rien. Tout au plus bloqueraient-ils et elles la circulation des bus; ce qui serait déjà pas mal.
Bref, j'attends tranquillement ce soir, pour savoir comment les choses vont tourner et s'il sera possible de retourner travailler normalement. Comme j'ai fait grève mardi dernier, il y a des élèves que je n'ai pas vu·es depuis pratiquement 10 jours, déjà.
Prof d'allemand et maman d'un Pirate et d'un Numérobis majeurs et vaccinés, ainsi que d'un P'tit Mousse de 16 ans. Et n'oublions pas Monsieur Gribouille le chat!