Au tournant

 (23 novembre)

Il se peut que j'écrive moins. Parce qu'il se passe, en ce moment, des choses un peu compliquées, dans ma vie privée (j'y ai déjà fait allusion), et que je n'ai pas toujours le coeur à délirer sur la toile.

J'ai pris une décision difficile, le virage est amorcé mais il paraît bien long, et il y a plusieurs tunnels sur le chemin.

Le contexte sanitaire et les jours qui raccourcissent n'arrangent pas vraiment mon humeur, alors je vous demande juste un peu d'indulgence si vous trouvez que je me fais rare.

(Le lycée a entamé sa transformation, lui aussi, et il a l'air un peu dévasté, lui aussi...)


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Nouvelles habitudes

 (21 novembre)

Cette semaine, nous avons fait cours à la moitié (enfin, la moitié, ça dépend des groupes, parfois, 24/2 = 16 +8... quand ce n'est pas 20/2 = 19 +1) de nos élèves. Les autres étaient à la maison, avec des travaux à faire tous seuls. Les groupes réduits, c'est bien, tout le monde vous le dira: les élèves sont moins enclins à bavarder, les timides osent participer, et même les profs sont plus patients et prêts à réexpliquer. On n'avance pas forcément très vite, mais je crois que tout le monde en profite. Malheureusement, j'ai peur que l'institution ne retienne pas cette leçon.

Une autre habitude nouvelle, c'est l'usage de la médiathèque. En fait, ce type de fonctionnement a déjà été rodé à la fin du premier confinement. On réserve les ouvrages via internet, on attend le mail indiquant qu'ils sont arrivés à la médiathèque, et on va les chercher (en allant faire des courses ou une promenade, vu qu'il n'y a pas de case prévue sur l'attestation, et après avoir vérifié les horaires d'ouverture). Et si on a des documents à rendre, on peut les rapporter. Ils trouvent place dans des cartons où ils subissent une quarantaine de trois jours avant que le retour soit enregistré. A l'intérieur des médiathèques, des cartons attendent de libérer des livres.


Il nous est juste arrivé une petite tuile, au départ: j'avais fait le plein de documents juste avant la fermeture, et la carte des enfants est arrivée à expiration le jour même. Impossible de réserver quoi que ce soit. Mais je suis allée rendre deux trois livres, et la bibliothécaire a prolongé la carte des enfants. La lecture est sauve!

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Quelqu'un qui...

 (18 novembre)

C'est L. qui a lancé ce projet un peu fou de parler chaque jour de novembre de quelqu'un qu'on aime. Avec des suggestions pour chaque jour.

Je suis bien incapable d'écrire un message quotidien. Quant à trouver 30 personnes que j'aime... Mais son post d'avant-hier, pourtant très court, m'a donné envie de parler, moi aussi, de quelqu'un qui a les cheveux noirs. Et comme aujourd'hui, il faudrait parler de quelqu'un qu'on a connu quand on était jeune, je vais faire d'une pierre deux coups.

Caroline est arrivée dans ma vie au collège, en classe de cinquième. Elle arrivait de Lille, et en bonne nordiste, elle disait "vinte" pour 20. Ses parents, Chinois, s'étaient installés dans le Marais, et son grand frère avait réussi à l'inscrire dans notre classe d'allemand bilingue. Je ne sais pas si c'est parce que ma copine de sixième redoublait, ou parce que nous prenions le métro ensemble, étant les deux élèves à venir de loin par ce moyen de transport, mais nous nous sommes rapidement liées. Et cette amitié a duré jusqu'à que ce que Caroline quitte le lycée, après la première (pour aller passer son bac plus près de chez elle, dans un bahut moins élitiste: elle ne supportait plus l'atmosphère du nôtre).

Avec Caroline, nous causions de tout et de rien. De mes amoureux, des profs, de nos familles: elle avait un petit frère qui avait à peu près l'âge de ma plus jeune soeur, et nous sommes une fois allés tous les quatre voir Fantasia au cinéma. Pendant les vacances, nous nous écrivions (des lettres de papier ccuioooooook - merci Flourig) et la poste, à Paris, fonctionnait si bien, à l'époque qu'il m'est arrivé de recevoir en soirée la réponse à une lettre postée tôt le matin. C'est avec elle, aussi, que j'ai commencé à marcher. Le mercredi matin, la prof d'EPS était régulièrement absente, et nous avons décidé de marcher jusqu'à la station de métro où nous nous quittions d'habitude, puisque nous avions le temps. Quatre ou cinq stations, probablement guère plus d'un kilomètre et demi, mais largement le temps d'échanger nos secrets. Surtout les miens, en fait, je crois. Caroline m'écoutait et me donnait des conseils.

Et puis, nos routes se sont séparées. Nous avons continué à nous écrire, ne sommes jamais passées aux interminables conversations téléphoniques qu'avaient un certain nombre d'ados à l'époque. Nous nous sommes revues, parfois, pour aller au cinéma ou juste nous promener et discuter. Caroline est venue à mon anniversaire, quand j'ai fêté mes 20 ans (elle a eu un coup de coeur pour mon ancien voisin d'en face, un garçon charmant qui mériterait lui aussi un billet). Et puis je suis tombée amoureuse et un jour, mes lettres n'ont plus eu de réponse.

Peut-être que Caroline en a eu assez de recevoir mes confidences. Peut-être que j'ai été maladroite et que je l'ai vexée.

C'est une amie que je regrette vraiment (et dont je ne retrouve pas la trace sur la toile mondiale: elle a trop d'homonymes).

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Le choix de la boulangère

 (15 novembre)

Le dimanche, je vais à la boulangerie acheter du pain et des gâteaux. Avant, j'y allais avec un des enfants, à tour de rôle. C'est le Pirate qui a abandonné le premier, laissant à ses frères le soin de choisir son dessert. Avec Numérobis et le P'tit Mousse, nous comptions les cyclistes dépassés en chemin. Et puis, Numérobis s'est lassé à son tour. Et puis, le premier confinement est arrivé, et je vais maintenant toute seule chercher nos pâtisseries.

Ce matin, j'étais peut-être un peu en retard sur l'horaire habituel. Les cloches, au bourg voisin, sonnaient à toute volée, comme s'il allait y avoir une messe.

Et dans la vitrine de la boulangerie, il ne restait plus qu'une tartelette chocolat-caramel.

Mais je fais partie de la clientèle fidèle. Et la boulangère, voyant son stock diminuer (et avertie la veille que je viendrai, comme d'habitude), nous avait mis quatre gâteaux de côté.


Merci!

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Non, je n'ai pas 73 ans

 (10 novembre)

Je me demandais de quoi je pourrais bien parler sans évoquer un sujet parmi ceux qui fâchent, et puis je me suis souvenue que j'avais reçu ça:


Bayard Presse, je les aime bien, leurs publications sont de qualité. Et puis, en période de confinement (épisode 1), c'était vraiment chouette de recevoir leurs revues pour les enfants. Mes enfants. pas mes petits-enfants...


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La procrastination nuit à la santé

 (6 novembre)


Cher Jean-Mi,

est-ce que tu pourrais, deux secondes, arrêter de nous prendre pour des thons (avec un C)?

Après la rentrée à 10 heures, qui a finalement eu lieu à l'heure habituelle, et l'hommage national qui a été décliné de manière plus ou moins efficace au niveau local, voilà que tu nous fais le coup de la continuité pédagogique.

Hier, après les cours, nous nous sommes réunis pour discuter hommage (qui a fait quoi, que reste-t-il à faire, qui s'en charge?), aggravation du plan Vigipirate (il est vrai qu'il est absolument urgent, en ce moment, d'envisager un deuxième exercice en cas d'intrusion dans le lycée) et amélioration du protocole sanitaire. Sur ce dernier point, nous avons progressé: il y aura désormais du gel hydro-alcoolique à la sortie du self. Youpi! Pour le reste, impossible de modifier quoi que ce soit. Et hors de question de réfléchir à un éventuel passage au distanciel, même partiel. Ce n'est pas à l'ordre du jour.

Fin de la réunion à 19 heures. Je rentre chez moi, et là, qu'annonce la radio? Ah ben en fait, déjà, on va annuler les épreuves communes (est-ce que quelqu'un pourrait dire aux journalistes qu'elles ne s'appellent plus "E3C"?) pour les premières et les terminales. Génial. Je sens que les élèves vont être encore plus motivés pour travailler, s'il n'y a pas d'examen. Ce ne sont pas les 10% que pèse le contrôle continu qui vont les empêcher d'avoir leur bac...

Mais surtout, ça y est, il va être possible, dans les lycées, de mettre en place un enseignement hybride, du moment que les élèves reçoivent au moins 50% de leurs cours dans l'établissement.

Et comme tu nous aimes profondément, tu as eu la gentillesse de nous envoyer un mail à 20h 30, hier soir. Et puis il y a eu un autre message officiel sur nos boîtes académiques, une demie-heure plus tard. Tu m'excuseras, hein, mais je n'ouvre pas mon courrier professionnel le soir. Je n'ai donc lu ton mail que ce matin. Enfin, c'est-à-dire que je l'ai survolé. Il était beaucoup trop long. Et ta méthode qui consiste à expliquer d'abord qu'on aurait pu faire comme ça, sauf qu'en fait ce n'est pas bien parce que blabla, ou alors il y avait telle autre possibilité, mais en fait elle n'est pas adéquate pour telle et telle raisons, tu trouves peut-être ça très pédagogique, mais moi, ça m'énerve. Donc j'ai sauté rapidement vers la fin du message, avec les informations essentielles en gras.

Evidemment, il a fallu nous réunir encore une fois. Bien sûr, il est impossible de mettre en oeuvre la "continuité pédagogique" (l'enseignement à distance, appelons un chat un chat) d'ici lundi. Nous avons réfléchi à ce qui était le mieux pour nos élèves, le chef d'établissement et son adjoint vont préparer un protocole qui devra être approuvé par le rectorat et appliqué jusqu'aux vacances de Noël. Tiens? On outrepasse la date de fin de ce confinement qui n'en est pas un, là, non?

Alors dis-nous, en vrai, ces mesures sanitaires, tu prévois qu'elles vont s'appliquer jusqu'à quand? Et tu penses vraiment pouvoir faire organiser les épreuves de spécialité entre le 15 et le 17 mars comme si de rien n'était?

Pas très cordialement,

une prof fatiguée.

PS: N'espère pas que je vais ouvrir ma boîte académique cette fin de semaine pour lire ta réponse. Il faut que je m'organise pour la suite, quelle qu'elle soit.

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Où est la culture?

(3 novembre)

 Hier, en passant à Intermarket, à la place des livres, il y avait ça:

Je comprends bien l'esprit de solidarité.

Mais aujourd'hui, j'ai rendu des copies aux élèves, et il est arrivé ceci:

La compréhension de l'oral comprenait le terme Kollision, qui, vous en conviendrez, est un mot transparent. Une partie des élèves l'avait bien entendu, mais j'ai trouvé les orthographes les plus fantaisistes dans les résumés en français: "coalision", "colision", voire "coalition". J'ai donc fait une petite mise au point sur l'orthographe française du mot "collision". Et là, une élève, pourtant pas idiote, m'a rétorqué: "je connais même pas ce mot en français".

En terminale.

Ne croyez-vous pas qu'il serait grand temps de revoir les priorités, dans ce pays, et d'inciter les élèves à lire et à se cultiver?

(Ne me parlez pas du quart d'heure lecture, hein, je m'y suis collée avant les vacances, à peine un tiers des élèves avait apporté un livre.)


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