Le narrateur

(6 juillet)

Ne me demandez pas comment nous en sommes venus à parler de "narrateur" à table; je ne m'en souviens plus. Mais j'ai demandé, comme ça, pour voir, au Pirate s'il savait ce qu'est un narrateur. Il a commencé par dire que c'était lui. Oui, bien sûr, parce qu'il a appris le rôle du narrateur, dans un genre de mise en scène d'un livre lu en classe.
Mais à part ça? Le narrateur, c'est celui qui dit ce qu'on fait. J'ai voulu lui suggérer que c'était celui qui racontait l'histoire, mais ça ne lui a pas plu, parce que celui qui écrit des histoires, c'est l'auteur. Non mais ho, faut pas confondre, hein!
Mon fils de six ans a déjà une notion très nette de la différence entre un auteur et un narrateur. Je suis épatée.

La plage, mode d'emploi

(4 juillet)

La première règle, quand on veut être à peu près tranquille sur la plage, c'est d'y aller sans les enfants. Mais ce n'est pas très juste, et surtout, qui les garderait? Alors je les emmène, mais en respectant quelques principes.
La prudence la plus élémentaire consiste à arriver avant les touristes ou quand ils partent. Il y a moins de monde sur la plage, on peut poser sa serviette a plus d'un mètre de celle des voisins. Le matin, il y a surtout des vieux. Le soir, ce sont les familles qui arrivent.
Mais entre midi et 16 heures, la plage est bondée, ce même pas la peine d'y aller. De toute façon, les médecins, dermatologues et autres cancérologues déconseillent fortement l'exposition à ces heures-là. Il faut croire que les touristes sont peu soucieux de leur peau. Ou inconscients. Je m'interroge toujours, quand je vois des familles arriver avec leur bébé vers 11 heures. Cet enfant-là, même sous un parasol, ne sera pas totalement protégé. En plus, il aura chaud et ne dormira pas. Alors pourquoi ne pas venir après sa sieste?
C'est que nous faisons. Nous arrivons sur la plage pour goûter. Ce qui est bien pratique: pendant que les enfants mangent, je peux les enduire de crème. Ensuite, ils vont se baigner. Moi aussi, parce que mon maillot sera sec au moment de repartir, même si nous restons peu. Car une autre règle veut que nous ne restions jamais deux heures à la plage.
Après la baignade, si nous ne sommes pas trop loin du poste de secours, je me douche (et je douche mes nains), puis je m'allonge au soleil sans oublier la cème. Comment obliger mes enfants à se protéger si je ne leur montre pas l'exemple? Ensuite, ils jouent, ou retournent se baigner (ne jamais les perdre de vue, surtout maintenant que le Pirate croit qu'il sait nager). Et ils finissent par réclamer tous seuls de rentrer à la maison.
Dernier principe à respecter: dès qu'on rentre, on se douche pour éliminer le sable!

Vacances

(2 juillet 2009)

Bon, alors, cela a échappé à peu de monde, je pense: ce soir, ce sont les vacances d'été pour le premier degré. Le primaire et la maternelle, quoi. Parce que les collégiens, brevet oblige, sont déjà libres, tandis que certains lycéens passent encore des épreuves de bac, et que nous délibérerons mardi pour savoir s'ils l'ont ou pas.
Mardi soir, les instits d'ici ont fait la fête, pour souhaiter un bon départ en retraite au directeur. Ils ont chanté jusqu'à 4 heures du matin. K. était furieux. Qu'est-ce que c'est que ces profs qui ont l'indécence de fêter leurs vacances alors que lui n'en a pas?
J'avoue que je le comprends un peu. C'est vrai, il n'a pas deux mois de congé, lui. Même, il n'arrive pas à prendre tous les jours auxquels il a droit. Parce qu'il s'organise mal, sans doute, et aussi parce que la structure du service exige beaucoup sa présence. Espérons que ça changera, quand il sera en Bretagne.
A ce moment-là, j'apprécierai énormément d'avoir les mêmes dates de vacances que mes anfants: nous irons rejoindre K. (qui n'aura pas besoin de sacrifier ses congés).
Notez que je me rends déjà compte du fait que je suis une privilégiée. Songez à demain, par exemple: je peux garder le Pirate. Mais que vont faire les parents qui n'ont pas ma chance? Les centres aérés ne sont évidemment pas encore ouverts. Qu'est-ce que c'est que cette idée imbécile de mettre des enfants en vacances un jeudi soir?

Fin d'année

(29 juin)

Vendredi soir, c'était le spectacle de fin d'année et la kermesse de l'école où nous habitons (et où le Pirate rentrera en CP en septembre).
Le dernier spectacle sous ce directeur-ci.
Pour une fois, je n'avais pas assisté aux répétitions, ou très peu, je me demande bien où j'étais pendant ce temps, peut-être que j'attendais en vain des élèves au lycée (reparlez-moi de la reconquête du mois de juin?), mais enfin comme ça au moins, j'ai découvert le spectacle en même temps que les parents. Les maîtres et maîtresses s'étaient donné bien du mal, ils et elles avaient aussi donné du boulot aux mamans et autres mamies, puisque pas moins de 5 classes avaient de vrais costumes faits maison. C'est le plus beau spectacle que j'aie vu jusqu'ici dans cette école.
Néanmoins, je me demande si ça en valait vraiment la peine. Je veux dire: bien sûr, le directeur était ravi de cette fête d'adieu (très réussie, la surprise, le seul truc que j'avais vu répéter: la chorale des 360 enfants), les profs avaient bien travaillé, et une bonne partie des élèves a fait son maximum. Mais les parents, mis à part le numéro de leurs rejetons personnels, s'intéressent si peu au spectacle. Ils discutent, bavardent, ceux qui ont des plus jeunes tâchent de les retenir pour qu'ils ne fassent pas trop de bruit (je ne les blâme pas, j'ai dû moi-même canaliser un Numérobis pendant le spectacle de la maternelle). Il y en a qui sont partis avant la fin.
C'est comme ça dans tous les spectacles de fin d'année: pourquoi croyez-vous que les écoles de danse font défiler tous les enfants à la fin du spectacle? Pour que les mamans des petites ne se sauvent pas à l'entracte, de manière très injuste parce que les familles des plus grandes ont trouvé les premiers numéros trop mignons, mais que les mamans des plus jeunes ne veulent pas attendre le "grand ballet". Du coup, les petites piaillent aux premiers rangs pendant toute la deuxième partie.
Bon, mais dans une école normale, ce qui agrave le phénomène, c'est que les enfants n'ont pas choisi leur activité. On les oblige à chanter (c'est malin, la chorale, en maternelle, dès le 4ième rang on n'entend plus rien) ou à danser, alors qu'ils n'en ont pas forcément envie, ou qu'ils n'ont pas de talent pour. Alors, oui, mesdames les maîtresses, c'est un peu moche. Les parents s'ennuient sur leurs fauteuile, et une partie des enfants est mal à l'aise sur scène (chez les petits, il y en a toujours une qui pleure). Et les numéros les plus réussis sont ceux où apparaissent des enfants volontaires, comme celui des filles qui mangent à la cantine, par exemple.
Quand j'étais petite, il n'y avait de spectacle, et la kermesse avait lieu en mars ou avril. Ca faisait moins fin d'année, mais au moins, n'y allaient que ceux qui en avaient envie.

Du moindre effort

(24 juin 2009 - Bonne fête aux Québéquois!)

La scène se passe un soir de forte chaleur. J'ai laissé la voiture sur le parking, à environ 200 m de la maison. K. rentre.

Lui: T'as pas racheté d'eau?
Moi: Si, elle est dans la voiture, je vais la chercher... Enfin, l'eau, pas la voiture.
Lui: Hein? Mais tu devrais ramener la voiture. (Genre, c'est bien trop lourd pour toi, un pack d'eau.)
Moi: Ouais, mais ça me casse les pieds de devoir la rebouger tout à l'heure. (Parce que le lendemain matin, il y a école, et que la voiture doit disparaître de la cour avant que n'y arrivent les enfants de la garderie.)

Donc, j'ai ramené mes 9 kg d'eau à bout de bras. Mais au moins, je n'ai pas eu à ressortir.

Chère Madame Delabannière

(19 juin)

Ouais, toi la grognasse du ministère qui vient de me refuser une mise à disposition sous prétexte que je suis hors-délai.
Je ne suis pas sûre que tu aies bien lu ma lettre et compris mon problème.
Dans ma lettre, datée du 25 mai, je t'écrivais pourtant que "je viens d'apprendre" la mutation prochaine de mon époux, et que donc, comment dire, si sa procédure de recrutement a eu lieu en avril, je ne vois pas comment j'aurais pu demander à bouger avant le 20 mars.
Déjà. Bon.
Ensuite, je t'ai pourtant bien expliqué qu'il part dans le Finistère, et que moi je suis dans le Var. Je ne sais pas si tu as regardé une carte de France, les horaires de la Est-ceN:c'estF et les tarifs de RFrance, mais enfin, comment dire, c'est loin, quoi, et le déplacement d'un point à l'autre pas tout-à-fait aussi facile qu'un aller-retour Paris-Lille. Ou même Paris-Londres.
Enfin, je t'ai bien marqué aussi que nous avons deux jeunes enfants. Et je ne pense pas que tu seras disponible pour les conduire à l'école les jours où je commencerai à 8 heures (alors que la garderie ouvre à 7h 45 et que mon lycée est à 30 km de leurs écoles).
Quoique.
Apparemment, tu ne travailles pas beaucoup, toi. J'ai essayé de t'appeler tout mercredi, mais tu as probablement des enfants que tu gardes, ce jour-là, après tout je fais pareil, c'est humain. Mais le jeudi matin et le vendredi après-midi, tu ne réponds pas non plus au téléphone.
En fait, ce n'est pas une mise à disposition, que j'aurais dû demander. C'est un détachement auprès du ministère. Avec les week-ends que vous avez, j'aurais vu mon mari au moin quatre jours par semaine, l'an prochain.

Petit déjeuner

(17 juin)

Les jours sans école, mes petits déjeuners ressemblent à peu près à ça:

K. est parti travailler, ou est encore au lit, ou bien est prudemment allé dans le salon avec sa tasse de café (mais pas systématiquement non plus).
A ma gauche, Numérobis, plus ou moins bien réveillé, mais plutôt bien quand même, vu que c'est lui qui a décidé de l'heure de son lever. A ma droite, un Pirate au faîte de sa forme.

Je pose tout ce qu'il faut sur la table, je mets mon lait à chauffer, je sers une première portion de céréales à mes enfants, je sors mon bol de lait du micro-ondes, je m'assieds et je me coupe un morceau de pain.
- Plaît, je veux encore des céréales.
Je remets des céréales dans le bol, je commence à beurrer ma tartine, et même à la manger.
- Je veux du beurre avec du pain.
Je pose ma tartine, j'en beurre une que je donne à mon fils, puis je reprends la mienne.
- Maman, moi aussi je veux du pain.
Je repose ma tartine, j'en beurre une pour mon autre fils, je lui donne et je finis la mienne.
- Je peux avoir du lait avec du chocolat, Maman, s'il te plaît?
Je sers le chocolat au lait et je commence à mettre de la confiture sur ma deuxième tartine.
- Je veux du lait.
- Dans la tasse ou dans le bol?
- Heu, dans la tasse.
Je laisse ma tartine en plan, je sers le lait, je reprends ma tartine et je la trempe dans mon lait.
- Je veux du miel.
Je pose ma tartine, j'en prépare une pour mon fils, je reprends ma tartine et je la mange jusqu'au bout.
- Plaît, je reveux une tartine de beurre.
- Moi aussi.
Je prépare deux tartines beurrées.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y en a un qui en est à sa troisième tartine, après deux bols de céréales, l'autre qui en est à un bol de céréales et deux tartines, alors que moi, je finis à peine ma deuxième tartine.

Je commence à comprendre pourquoi ma mère (qui a eu trois enfants) mangeait si peu au petit déjeuner...