J'ai eu la chance de faire mon primaire à Paris sous l'ère Chirac au tout début des années 80. C'était vraiment une chance d'être scolarisé à Paris, à cette époque, parce que nous bénéficiions d'intervenants extérieurs qui soulageaient les maîtresses un peu faibles en chant ou en sport. Entendons-nous: j'ai aussi eu des maîtresses très capables de nous apprendre des chants intelligents (à la mort de Brassens, par exemple) ou de nous faire danser. Mais la mairie payait aussi des professionnels pour nous apporter plus encore. C'est ainsi que j'ai pu voir mon prof de sport de primaire tenter de se qualifier pour représenter la France à la perche aux JO (de Los Angeles, probablement).
Monsieur Desmet (je suppose que c'est ainsi que ça s'écrit, même si nous disions "des smettes") nous a donné pendant plusieurs années des cours de dessin.
Et Madame Saouter nous donnait des cours de musique. Tout ce que je sais en musique, ou presque, c'est elle qui me l'a appris. Elle n'était pas nécessairement très aimée, les plus grands chahutaient à la chorale, mais elle a eu à coeur de nous faire découvrir bien des choses, et des choses bien. C'est grâce à elle que je peux me vanter d'avoir chanté à l'Opéra Comique (et ma soeur à la Bastille, et costumée, en plus!). C'était un opéra pour enfants de Benjamin Britten, dans lequel le public était censé reprendre une partie des chants interprétés sur scène. Nous autres enfants des écoles de Paris étions donc ce public savant et entraîné à chanter depuis les baignoires.
C'est Madame Saouter, aussi, qui a ancré à jamais dans ma mémoire les noms des notes et les rythmes (sau---teuh noire! double croche double croche noire! tri-o-let noire!). C'est peut-être grâce à elle, au fond, que je ressens si bien la musique des alexandrins... Mes professeurs de collège n'ont rien ajouté à son solfège, et auraient même eu tendance à me faire désapprendre ce que je savais. En tout cas, si je réussis parfois à déchiffrer des partitions de piano pour les jouer, c'est surtout grâce à elle (même si je dois les demi-tons qui permettent de reconnaître les notes sur un clavier à mon professeur de sixième).
Aujourd'hui, je peux dire que c'est grâce à Madame Saouter que je suis capable d'aider Numérobis à réviser son solfège. Je regrette juste qu'elle ne nous ait pas, comme aux élèves de l'autre école où elle intervenait, appris à jouer de la flûte: je ne peux pas aider mon fils à jouer ce qu'il lit.
On trouve de tout sur internet.
La preuve, quand j'ai vu que le garage Saouter avait changé de nom, j'ai repensé à ma prof de musique de primaire, et il m'est revenu un air que nous chantions à la chorale. En tapant les paroles, je sus retombée facilement dessus. Sauf que pour moi, il n'y avait pas de champs de blé où il ferait bon s'aimer. Est-ce que les paroles avaient été édulcorées pour le jeune public que nous étions? Est-ce ma mémoire qui les a déformées? En tout cas, la fin du refrain était pour moi:
"Et nous vivrons tous heureux/ Dans ce monde merveilleux." (Ce qui est tout aussi mièvre.)
Il me semble vous avoir promis, lors des dernières vacances, de vous parler des Choristes. La première chose à dire, déjà, c'est que le titre de ce film, spontanément, a tendance à me venir en allemand , parce que je ne l'avais pas vu avant cette année, et que, jusque là, ce sont surtout mes collègues d'outre-Rhin qui m'en avait parlé. Elles utilis(ai)ent en effet souvent Die Kinder des Monsieur Mathieu comme outil pédagogique.
(De la même manière, pour La vie est un long fleuve tranquille, je pense plutôt "Montag, Raviolitag" que la version française, parce que, la première fois que j'ai vu ce film, c'était à la télévision, chez ma correspondante allemande.)
Bref. Il y a dans ce film, évidemment, un certain nombre de chansons. Et, à la grande surprise de K., j'en connaissais plusieurs. Si je dois le Ô nuit de Rameau (mais pas la même partie que dans le film) à Mme Saouter, c'est il faut bien l'avouer à Dorothée que je dois Compère Guilleri. J'avais emprunté avec émotion un petit livre contenant le comptine à la bibliothèque de Fréjus, lorsque le Pirate était en maternelle...
Et aujourd'hui, la toile mondiale vous permet de (re)découvrir la version proposée par la célèbre speakerine devenue animatrice pour enfants dans le service public.
La semaine dernière, le lundi après-midi, je suis allée au cinéma pour me remettre des délibérations du bac. Ils donnaient Le Bourgeois gentilhomme, filmé à la Comédie Française. Une adaptation modernisée et dans laquelle on devait pouvoir reconnaître les airs de Lully malgré une transposition balkanique. La Marche pour la Cérémonie des Turcs (la BO de Tous les matins du monde) à l'accordéon, c'est amusant. Mais le Menuet (Acte II, scène 1) a été totalement défiguré. Je connais l'air, et là, par exemple, je le reconnais tellement bien que je peux le chanter, ce qui me confirme que le texte aussi a été modifié, puisqu'il n'est plus question de "en cadence s'il vous plaît" ni de "haussez la tête, tournez la pointe du pied en dehors, lala redressez votre corps" (merci Mme Saouter). Bon, la version moderne de la danse est sympathique quand même.
C'est en sortant du cinéma que les choses ont commencé à se gâter. D'abord, il y avait ce message de la prof de danse, qui transmettait l'information de S (qui donc, bien sûr, avait le Covid). J'avais fait un auto-test la veille au soir, espérant secrètement me dispenser des délibérations du bac. Mon test était négatif. Celui que j'ai fait jeudi matin aussi. Il semblerait que je sois résistante à ce virus. Croisons les doigts.
Du cinéma, je suis remontée au lycée à pied (l'aller-retour permet de faire 10 000 pas, surtout si on traîne un peu en ville) pour le CA, auquel j'ai assisté masquée, pour ne risquer de contaminer personne. Pour une raison que je ne m'explique pas, j'ai gardé mon téléphone (en mode silencieux) sur la table, et je l'ai consulté de temps à autre. Jusqu'au moment ou un message du père de mes enfants m'a obligée à le cosnulter plus souvent. Le P'tit Mousse était aux urgences pour une entaille au doigt.
Je vous passe les détails de l'accident, je n'y étais pas. Disons qu'il s'est fait agresser par un taille haie (et non taille hait comme l'a écrit l'interne, ou bien est-ce que c'est l'ordinateur qui a mal retranscrit sous la dictée?), qu'heureusement il avait des gants, et qu'ils ont passé la soirée à attendre que l'unique interne de garde puisse jeter un oeil au "troisième doigt de la main gauche" avant de leur dire de repasser le lendemain matin aux urgences pédiatriques.
Le lendemain matin, le P'tit Mousse a été installé dans une chambre, et son père m'a appelée, parce qu'il fallait mon autorisation. Est-ce qu'il me dictait quoi écrire, ou est-ce que je pouvais passer? Je n'avais rien de prévu, donc j'y suis allée, d'autant que j'avais compris que, forcément, une autorisation, ça voulait dire une intervention chirurgicale. On ne demande quand même pas l'autorisation des deux parents pour faire des points. J'ai pensé à prendre un masque, et mon passe sanitaire pour rentrer dans l'hôpital, et aussi le carnet de santé, pour la date du dernier rappel du tétanos. Mon fils se souvenait qu'il l'avait fait l'année dernière, on lui avait vendu le truc comme son dernier vaccin avant ses 25 ans, mais entre-temps celui contre le coronavirus a été étendu aux plus jeunes. Comme le P'tit Mousse ne l'a pas reçu, il n'a pas de passe vaccinal, et on l'a testé: il était négatif. Est-ce que, sinon, on ne l'aurait pas opéré? Je préfère ne pas le savoir.
La chambre du P'tit Mousse était bien située, avec vue sur l'entrée de l'hôpital; on pouvait observer les gens qui arrivaient à pied, à vélo ou en fauteuil (en dévalant la pente à toute vitesse), ceux qui venaient en voiture ou en taxi, les ambulances qui se signalaient par une sirène au feu et avaient du mal à monter la rampe jusqu'aux urgences, à cause de la courbe, les papas qui arrivaient avec un maxi-cosy vide, "pour kidnapper un bébé" a dit le P'tit Mousse, les bus de la ligne A qui passaient à une cadence plus régulière dans une direction que dans l'autre. Les infirmères étaient très gentilles aussi, le chirurgien qui est passé voir le doigt un peu moins (il a pris une photo, décidément il doit y avoir des albums entiers de doigts avant / après), mais personne ne pouvait nous dire quand on allait "explorer" la plaie.
Le jeune patient a fini par s'assoupir. L'infirmière m'a conseillé d'aller chercher de la lecture au "salon des ados", une chambre avec des étagères pleines de BD, de livres, de jeux, et même un baby foot auquel un jeune garçon sous perfusion jouait avec une jeune fille. Au retour, j'ai failli rater la chambre, parce que la porte était ouverte; les brancardiers étaient déjà là. J'ai été surprise quand ils m'ont dit que je devais descendre avec eux. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils n'ont aucun rôle de soin, mais les brancardiers ont toujours de l'humour. Nous avons pris l'ascenseur, et le P'tit Mousse était épaté de rentrer avec son lit dans un ascenceur, et puis nous sommes arrivés à la salle d'attente du bloc par un chemin que j'avais déjà emprunté.
Il y avait déjà là un jeune homme avec sa maman, et puis un adulte est arrivé dans son lit, et puis, après le départ du premier jeune homme, un autre a pris sa place, dans la même tenue de bloc. Celui-là était prêt à dire qu'il pesait 49kg, sa mère a rectifié avec horreur qu'il en faisait 10 de moins, ce serait dommage de l'assommer avec les anesthésiques. Une anesthésiste est venue voir le P'tit Mousse et poser les questions d'usage, en disant "il" comme si elle s'adressait à moi seule, mais il était capable de répondre à la plupart des questions. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas quand il pourrait passer, que je pouvais aller manger et qu'ils m'appelleraient quand ce serait fini.
J'ai attendu encore un gros quart d'heure, l'aide-soignante qui s'occupait de l'accueil des patients a apporté de la lecture à mon petit blessé, et puis je l'ai abandonné. Il a dû attendre longtemps, parce que son père, qui en avait assez de patienter, est retourné dans sa chambre et ne l'a vu remonter que vers 18h30. Il est resté là encore trois bonnes heures, à attendre que l'effet des narcotiques se dissipe et que le chirurgien (qui a dû avoir une sacrée journée) passe le voir. Ils sont ressortis avec des tas d'ordonnances (nous avons demandé des doubles), et le carnet de santé rempli.
Jeudi, j'ai assisté au premier pansement (parce que je devais fournir la carte vitale). Il y a six ou sept points à retirer dans 15 jours. Il y a aussi de la rééducation, on a commencé vendredi (ça aide d'avoir un kiné pour le grand frère, on devrait prendre une carte de fidélité), et une attelle (le père s'en est occupé dès jeudi). Un tendon est touché, le nerf aussi. Le P'tit Mousse est interdit de sport et de baignade pendant 6 semaines, ça va limiter les activités pour les vacances. Heureusement, il est droitier et il aime lire...
Et je tire mon chapeau aux personnels de l'hôpital public, qui, malgré les tensions et le nombre réduit de soignants par apport à l'abondance de patients, restent souriants, disponibles, rassurants et à l'écoute.
Prof d'allemand et maman d'un Pirate et d'un Numérobis majeurs et vaccinés, ainsi que d'un P'tit Mousse de 15 ans. Et n'oublions pas Monsieur Gribouille le chat!