Et comment sera la rentrée?

 (29 octobre)

Il paraît que c'est la journée mondiale du ballet. (Deux jours avant la fête des balais de sorcières...)

Depuis le début des vacances, je me dis qu'il faudrait que je raconte les blocages de lycées à la Préfecture. Mais tout cela reste encore bien embrouillé dans ma tête, et j'ai donc quelques difficultés à concevoir un article ordonné.

Il me semble que les choses ont commencé au lycée du côté de l'hôpital, un mercredi, par un blocus des différents portails et un feu de poubelle. Je n'y étais pas, n'ayant pas cours là le mercredi. La cheffe d'établissement a fait intervenir les forces de l'ordre, et ce d'autant plus facilement qu'il était hors de question d'entraver la circulation sur l'avenue qui mène aux urgences. Le lendemain matin, des policiers vérifiaient les sacs à l'entrée du lycée, et tout élève surpris·e avec un objet suspect (lunettes de piscine, masque, bombe aérosol...) était immédiatement pris en photo. Ensuite, nous avons reçu un message indiquant qu'une fois rentrés, les élèves n'auraient plus le droit de sortir avant la fin des cours, le soir, et que les internes étaient confiné·es au lycée, sauf de 17 h 30 à 18 h 30. Le tout assorti de mesures de contrôle aux portails, afin d'éviter les sorties illicites. Point barre, il ne s'est plus rien passé de ce côté-là de l'Odet.

En revanche, sur la rive droite du fleuve, les actions ont commencé le jeudi, avec blocus des lycées du haut et du bas de la côte. Les choses ont vraiment mal tourné en bas de la côte, avec incendie de poubelles, et, un autre jour, tentative d'incendie des arbres du rond-point. Cet établissement est passé en distanciel pour y rester pratiquement les deux dernières semaines de la période. Il y a eu des heurts avec la police et des gaz lacrymogènes, d'après les journaux et les réseaux sociaux.

Dans mon lycée du haut de la côte, le blocus a commencé le jeudi, mais j'étais de l'autre côté du fleuve, et n'ai constaté l'absence des élèves que le vendredi. Celles et ceux qui tenaient le portail m'ont laissé passer, parce que "on vous aime bien, Madame" (je cite cette phrase, parce qu'elle a été prononcée par une jeune fille que je ne connais pas). Ensuite, malgré les tentatives de négociation du proviseur, il a été impossible de faire revenir les élèves en cours, sauf un lundi, pour l'élection des délégué·es. Mais le lundi, je fais cours dans l'autre établissement. J'alternais donc les jours à deux ou quatre élèves dans un lycée et les journées pratiquement normales dans l'autre. Et puis bien sûr, il y a eu quelques jours en "télé-enseignement", mais de cela, j'ai déjà parlé.

Du côté du P'tit Mousse, j'ai reçu un nombre impressionnants de messages du lycée, parfois contradictoires. Ça a commencé par "mais non, chez nous tout va bien, les élèves qui prétendent être bloqués dehors sont des menteurs" pour finir par "si des parents veulent bien protéger les élèves qui veulent rentrer, merci" avant un abandon définitif et passage aux cours à distance le jeudi midi, juste avant les vacances. Entre temps, j'avais eu des conversations par message avec mon fils, inquiet de ne pouvoir rentrer. Il a même fini par faire le mur pour pénétrer dans son établissement.


Oui, je m'inquiète de la façon dont mon fils va pouvoir manger. Car un des aspects fâcheux de ces blocus, c'est le gaspillage alimentaire. Les chefs cuisiniers, les premiers jours, avaient préparé les repas normalement, et ils ont dû jeter énormément. Ensuite, je suppose qu'ils ont réduit les quantités, mais il restait des denrées à consommer rapidement. Chez nous, le proviseur a tenté de faire mettre les frites au menu, pour faire revenir les élèves, mais cela n'a pas fonctionné. Il y avait, le même jour, des bananes fort avancées, et j'ai bien peur qu'une partie d'entre elles ait fini au compost. Et depuis, j'ai reçu la facture de cantine du P'tit Mousse, avec des remises d'ordre pour les jours bloqués ou en distanciel, mais je suppose qu'il y a eu des produits commandés et non consommés...

Ce qui diffère, d'un établissement à l'autre, c'est me semble-t-il l'attitude des chefs d'établissement. Ils et elles (deux hommes, deux femmes) sont plus ou moins conciliant·es et prêt·es à entendre les revendications lycéennes. Je peux me tromper, mais sur la rive gauche, la poigne est ferme (les élèves parlent de dictature); tandis qu'en haut de la rive droite, on négocie, et que chez le P'tit Mousse, on aimerait bien maintenir une réputation dans le calme. Une partie des messages reçus par les parents (et dont les professeurs ont eu copie) allaient dans le sens d'une image à maintenir: "chez nous, on travaille" ou "chez nous, aucun dégât matériel". L'une a manifestement décidé de ne pas considérer comme justifiées les absences des bloqueur·ses, et les motifs ont été étudiés avec le plus grands soin. Tandis que l'autre a déjà reçu des messages des parents, inquiets pour les dossiers de leurs enfants, et qui demandent l'indulgence. Ici on nous demande de ne pas faire tout de suite de devoirs, pour ne pas effaroucher les élèves à leur retour; là les enfants ont eu des contrôles entre deux jours de blocus, pour peu qu'ils et elles aient été assez nombreux·ses en classe.

Je n'ai aucune idée des intentions des élèves pour la rentrée. Je ferai cours du côté de l'hôpital, et donc très certainement normalement, le lundi; mais je ne suis pas certaine que les élèves seront très volontaires pour travailler dans l'autre établissement, le lendemain. Ce qui est fatigant, c'est de ne pas pouvoir prévoir: un cours normal, ou un semblant de cours pour un effectif (très) réduit? J'ai des photocopies qui patientent depuis un mois dans mon trieur; sans parler des copies à rendre...
 

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