Des châtaignes (sans castagne)

(20 octobre)

Pour répondre à Madame Chapeau et Acanthe, voici comment je me suis mise à faire de la crème de marrons.

Au commencement était mon amour des châtaignes. Je crois qu'en fait, ma mère ne devait pas en faire plus d'une fois par an, quand j'étais petite. Parce que nous habitions Paris et qu'il fallait les acheter. J'ai dû aussi apprécier, mais pas plus de quatre ou cinq fois, les fameux "marrons chauds" des vendeurs de rue. A chaque fois, c'était un vrai bonheur, parce que ça se mange avec les mains, parce que ça croustille et que c'est un peu sucré. Le plaisir des châtaignes résidait en partie dans leur rareté.

Et puis, je suis partie vivre en province, et j'ai découvert qu'on pouvait ramasser les marrons dans la nature. Enfin, les marrons, entendons-nous, les "fruits du châtaignier", comme je l'ai récemment vu en titre d'une annonce sur Lebonqwoin. Car l'appelation est trompeuse, et c'est sans doute en partie pour ça qu'une mienne collègue hésite à ramasser le contenu des bogues, ne sachant distinguer entre marron comestible et fruit du marronier. Dois-je vous rappeler que ce dernier est lisse, alors que la châtaigne a un petit plumeau sur la tête (bien qu'on appelle également "marron" le fruit unique d'une bogue de châtaignier, vous suivez)?

Bref, quand nous avons acheté notre maison, il y avait des châtaigniers à proximité, et notamment dans le jardin de la voisine. J'ai ramassé et cuisiné quelques châtaignes, mais apparemment personne ne partageait vraiment mon enthousiasme pour ce semi-féculent. Peut-être parce qu'il faut l'éplucher pour le manger? Toujours est-il que, le jour où la voisine, pour me faire plaisir, a apporté environ deux kilo de fruits de son arbre, il a bien fallu trouver quoi en faire.

Il se trouve que je suis par ailleurs une grande amatrice de confitures faites à la maison, et que j'avais reçu en cadeau un livre contenant tout un tas de recettes. Il en contient deux pour conserver les châtaignes. Je me suis donc mise au travail. Et au fil des années, j'ai apporté mes variations à la recette de base; notamment en réduisant le sucre. Mes enfants n'apprécient pas plus la crème de marron (en tout cas celle que je produis, je n'en ai jamais acheté ni goûté d'autre) que les châtaignes fraîches, alors je n'en fais jamais autant que cette première fois. D'autant que, éplucher les marrons, c'est vraiment fastidieux (et c'est ce qui me prend le plus de temps dans la réalisation de la confiture).


 Alors cet automne, quand j'ai vu que les bogues écrasées commençaient à s'amasser au bord des routes, je suis allée me promener dans les bois pour collecter mes premières châtaignes. Il y en a autour du lycée, c'était facile. Mais pour faire de la confiture, il m'en fallait un peu plus, et une balade du côté du manoir local m'a permis une petite récolte, que j'ai mis un peu de temps à transformer à cause de divers contretemps. Mais ça y est, ma crème de marron est en pots, et je la mangerai cet hiver, quand j'aurai fait un sort à un vieux pot de 2024 retrouvé en rangeant récemment le placard à confitures (son étiquette précise "à la cannelle", et à vue d'oeil, il est encore comestible; on verra bien s'il "pop" à l'ouverture).

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