Polyglotte

 (5 mars 2026)

Une école quelconque, à laquelle on accède par concours, a envoyé au lycée un fascicule avec des sujets-type. Il y a une épreuve de LV B, prétendument de niveau B1, puisque c'est le niveau que nos élèves sont censés atteindre en fin de terminale. Sauf que ce test est un questionnaire à choix multiples, qui ne permet donc pas véritablement de vérifier les compétences en expression (ni en compréhension de l'oral).

J'ai regardé les épreuves de néerlandais et de russe, pour rigoler. Il y a une quarantaine de questions, je ne les ai bien sûr pas toutes traitées, mais comme il y a un corrigé à la fin, j'ai pu constater que dans ces deux langues, j'étais tout à fait apte. Evidemment, "traduire" une phrase, quand on vous donne le choix entre quatre possibilités, c'est beaucoup plus simple que si on ne vous donne pas le moindre mot. Aussi, je ne m'autorise pas vraiment à m'attribuer un niveau B1 en russe, ni même en néerlandais, où je serais plus à l'aise pour m'exprimer grâce à la petite chouette verte. (Il y a trop longtemps que je n'ai pas fait de russe.)

Pour ce que la petite chouette peut m'offrir, je suis arrivée au dernier niveau, en néerlandais. Et donc, sauf à tourner en rond et répéter sans arrêt que "De studenten leren meer, als ze in groepen werken", et autres phrases que mon téléphone connaît lui aussi par coeur, puisqu'il me propose toujours le mot suivant avec pertinence, il fallait passer à autre chose.

Alors j'ai franchi le pas en dehors des langues indo-européennes. Et je me suis attaquée à celle qui me frustrait depuis longtemps. Quand j'étais petite, en effet, on pouvait voir dans le métro parisien des Turcs qui lisaient Hürriyet ou Milliyet, et c'était agaçant, parce qu'on avait l'impression de pouvoir déchiffrer titres et articles, mais sans comprendre quoi que ce soit, en dehors du mot futbol.


 C'est très intéressant, parce que le turc est une langue agglutinante, c'est-à-dire qu'il faut ajouter des syllables à la fin des mots pour modifier leur sens dans la phrase, et qu'on peut combiner ces suffixes, un peu comme une déclinaison, mais en plus complexe. Köpek, c'est un chien; köpeği, le chien (à l'accusatif, oui, il y a une petite mutation consonnantique, mais ça ne me choque pas, hein, je vis en Bretagne), köpeğimiz, notre chien... Bref, je ne vais pas vous enquiquiner avec la grammaire turque; mais ce que je constate, c'est que, jusqu'ici, je m'en sors très bien sans explications, parce que je fais des comparaisons avec d'autres langues. Et l'autre remarque qui confirme l'idée que, plus on connaît de langues, plus c'est facile d'en apprendre une nouvelle, c'est que je me suis rendu compte hier soir que je començais à comprendre sans passer par la traduction. De petites phrases, certes, mais c'est un début. Et puis on voit assez bien à quelle langue les mots transparents ont été empruntés (l'église et le musée viendraient du français que ça ne m'étonnerait pas, par exemple).

(L'autre fait qui semble se confirmer, c'est que la chouette adapte ses phrases à la culture du pays concerné. Si, en néerlandais, j'ai appris à dire "Je suis une banane", "Sa femme (à elle) est artiste" et à parler de sabots, en turc, on me dit qu'il y a beaucoup de chats à Istanbul et Ankara ("Ankara'da"), et les femmes sont dans la cuisine...)

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1 Commentaires:

At 11:07 AM, Blogger Acanthe a bien voulu donner son avis...

Bravo, je suis admirative de ta facilité à comprendre aussi rapidement une langue étrangère. Pour le QCM je suis d'accord, j'ai passé à deux ou trois reprises des tests en anglais, ça me donne systématiquement un niveau B1 alors que j'ai tout perdu des bases essentielles, composer une phrase en conjuguant les verbes par exemple. Alors oui je me débrouille à l'oral mais avec un charabia dont j'ai honte. Il est vrai que plus on maîtrise de langues, plus on en apprend d'autres plus facilement. Je me souviens que quand j'étais en fac d'espagnol un prof d'histoire nous avait donné à travailler sur un texte en... portugais en nous disant que de toute façon on devait pouvoir le déchiffrer. Et c'est vrai qu'à l'écrit c'est relativement facile. Et puis le mot football est universel ;-)

 

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